Ceci est un extrait de l'ouvrage publié par les "Verts":  "Le nouveau livre des verts"  Kiron, Editions du félin 1999.
Je l'avais envoyé à une liste spécialisée, en le numérisant et sans le corriger. Depuis, j'y ai apporté peu de corrections, mais il reste compréhensible

J'espère que nul ne me tiendra rigueur de publier ici ce large extrait, qui concerne la communication à l'intérieur de l'Europe.
 

Aller directement à la proposition concernant l'enseignement

Pour la reconnaissance de toutes les langues

Grâce à de nombreuses langues régionales (y compris celles d'outre-mer), la France possède l'un des plus riches patrimoines linguistiques au monde. Mais, historiquement, ce patrimoine a été méconnu, considéré comme un handicap pour la communication à l'échelle nationale et, malheureusement, souvent réprimé. L'État jacobin ne se souciait pas de l'intercompréhension des citoyens, mais de leur obéissance. Cette politique du bulldozer - pardon : du bouteur - a même réussi à culpabiliser les locuteurs des langues régionales, au point qu'ils n'en assurent plus la transmission à leurs enfants. Aujourd'hui, néanmoins, les nouvelles générations réapprennent ces langues menacées de disparition (écoles Diwan en Bretagne, Ikastolak au Pays basque, Calendretas en Occitanie, Bressolas et Arrels en Catalogne). La défense des langues minoritaires est souvent jumelle de la défense de la démocratie, comme le montrent les combats pour le kurde, le tibétain ou le berbère. Les jacobins fanatiques sont incohérents quand ils défendent là-bas ce qu'ils refusent ici, ou quand ils défendent le français face à l'anglais tout en condamnant les langues régionales face au français.

Les différences et les minorités ne sont pas des archaïsmes réducteurs, mais des richesses qu'il faut se donner les moyens de mettre en valeur. Farouches défenseurs de la " biodiversité" dans le domaine linguistique, les Verts ont trois exigences essentielles: la modification de l'article 2 de la Constitution française, la signature par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, l'adoption d'une loi de promotion linguistique avec l'allocation des moyens financiers nécessaires.

Le rapport Péry-Poignant sur les langues et cultures régionales, remis au Premier ministre en juillet 1998, suggérait de procéder à un ajustement constitutionnel avant la signature de la Charte pour légaliser la pluralité linguistique de notre pays. Mais le juriste Guy Carcassonne, dans son rapport sur la compatibilité de la Charte et de la Constitution, demandé par le Premier ministre, propose de ne sélectionner que 52 points parmi les 98 articles de la Charte, pour ne pas modifier la Constitution. Ce qui limiterait, de fait, la réelle reconnaissance des langues régionales dans la vie publique.

Les Verts et leurs élus ne sont pas restés inactifs. En août 1998, les députés verts déposaient une proposition de loi constitutionnelle proposant une nouvelle rédaction de l'article 2: "La langue de la République est le français. La République reconnaît et valorise les langues et les cultures régionales." Une loi fixerait la liste des langues concernées: l'alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse, les créoles (antillo-guyanais et réunionnais), le flamand, le mosellan (francique), l'occitan, les langues d'oil et le franco-provençal. Il faudrait y ajouter les langues polynésiennes, mélanésiennes et les langues indiennes de la Guyane.

Les langues non territorialisées, exclues par le rapport Péry-Poignant comme relevant du statut des langues étrangères, sont pour certaines présentes depuis des siècles sur le territoire national: le yiddish, les langues tsiganes... Combien de temps faut-il donc pour qu'une langue soit naturalisée? Elles devraient pouvoir bénéficier des dispositions de la Charte européenne au titre de langues minoritaires.

De même, il est absurde et dangereux de continuer à considérer comme des langues étrangères les langues de l'immigration récente, à partir du moment où certaines, comme par exemple le berbère ou 1' arménien, sont parlées par des citoyens français depuis plusieurs générations. Ne laissons pas leur enseignement aux mains d'États ou d'associations ét:rangères qui ne partagent pas forcément les valeurs démocratiques de la République française!

Quant à la langue des signes pour les sourds et muets, il faudra favoriser son enseignement à tous les niveaux.

Nous devons également nous poser la question de la place et du statut des langues de communication en Europe. Si nous n'y prenons pas garde, nous risquons la généralisation insidieuse d'une seule langue, l'angloaméricain, au détriment de toutes les autres. L'anglo-américain est avant tout, comme le dollar, une arme dans les mains d'une formidable puissance politique, économique, culturelle et militaire, non européenne de surcroît. Nous proposons une politique en deux volets: d'une part, des mesures pour la garantie et la généralisation du multilinguisme; d'autre part, l'adoption d'une langue neutre et son emploi en lieu et place de 1' anglo-américain. Cette langue existe, c'est l'espéranto (voir encadré).

Le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme a été célébré en décembre 1998: nous considérons que les droits linguistiques sont partie intégrante des droits humains. Chaque culture doit être aidée. En se défendant, elle maintient une part du patrimoine de l'humanité tout entière.
 

Nos propositions

- Modification de l'article 2 de la Constitution: "La République française reconnait et valorise les langues et cultures régionales"
- signature et ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (Conseil de I' Europe - 2 décembre 1992);
- élaboration d'une loi-cadre de promotion des langues régionales
- soutien aux classes bilingues publiques et reconnaissance des écoles associatives en langue régionale au sein du service public de l'Éducation nationale;
- promotion de la presse et des médias (radios  et télévisions) en langue régionale.

................

- pour une nouvelle politique linguistique, plus équitable et réaliste, non discriminatoire: possibilité d'apprendre la langue internationale espéranto au cours des deux dernières années de l'enseignement élémentaire.

POUR EN SAVOIR PLUS

Français, histoire d'un combat, Claude Hagège, éditions Michel
Hagège & La Cinquième, 1996.
Le Défi des langues. Du gachis au bon sens, Claude Piron, L'Harmanan, 1994.
Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, Geneviève Vermes (dir.), 2 tomes, L'Harmattan, 1988.
Langues et pouvoirs de l'Afrique du Nord à I 'Extrême- Orient, Salem Chaker (dir.), Édisud, 1998.
Le Français, d'ici et de là-bas, Henriette Walter, J.-C. Lattés, 1998.
Pour une communication transnationaie directe, Plaquette thématique, Les Verts, 1994.
L'Espéranto, Pierre Janton, PUF, coîl. "Que sais-je ?" n0 1511, 1994.

L'espéranto, une langue de communication internationale

L'augmentation des déplacements et des échanges accroît le désir de communiquer pour échanger, savoir, connaître. Quelle langue utiliser?

Dans l'Union européenne, par exemple, la solution préconisée est officiellement le multilinguisme Mais cette solution est irréaliste: qui peut apprendre plusieurs langues à un bon niveau? Et comment feront pour se comprendre un Finlandais ayant appris l'espagnol et l'allemand, et un Italien ayant appris le français et l'anglais?

Cette solution est également hypocrite: en France, plus de 80 % des élèves de collège choisissent l'anglais en première langue. Ce phénomène est sensible aussi dans les autres pays, où, par exemple, l'apprentissage du français est en régression.

Il n'y a aucune fatalité à ce qu'une langue l'emporte sur toutes les autres. Il s'agit en fait d'un choix politique. L'anglo-américain est le véhicule de la "pensée unique" libérale.

Face à ce problème, les Verts ont eu le courage de chercher une nouvelle voie, qui réponde à deux objectifs à première vue inconciliables:

- d'une part, respecter, sauver et protéger activement le patrimoine linguistique de l'humanité, y compris les langues minoritaires;

- d'autre part, chercher une solution réaliste et pratique à l'actuel problème de comrnunication transnational, en respectant l'égalité de tous en matière de langue et de culture.

Une solution est d'utiliser comme langue de communication internationale non pas une langue de cornmunication nationale, mais une langue neutre, conçue dans ce but et n'ayant aucune ambition nationale. Cette langue existe et fonctionne déjà: la internacia lingvo, appelée espéranto, qui fût créée en 1887 par L.L. Zamenhof, médecin et linguiste polonais.

L'espéranto n'a pas pour objet de se substituer aux langues des États nationaux, ni de devenir la langue unique des rapports internationaux. Mais la généralisation de l'apprentissage de l'espéranto faciliterait la cornmunication et le dialogue entre les individus et les peuples. D'ores et déjà, les Verts ont recommandé à leurs élus, dans les conseils municipaux, de favoriser l'apprentissage de l'espéranto à l'école dans le cadre de l'ARVEJ (aménagement des rythmes de vie de l'enfant et du jeune). Grâce à sa plus grande facilité et à sa régularité, même les élèves les moins doués pour les langues pourraient l'apprendre et l'employer: sa pratique ne serait pas réservée à une élite. De plus, les propriétés linguistiques propres de l'espéranto en feraient une bonne préparation à l'étude d'autres langues : elle a une valeur propédeutique reconnue.

Aller au site des "Verts" (et faire une recherche sur le terme "espéranto)
La commission "espéranto" des Verts
Un article publié par la commission "éducation" des Verts
Sur l'apprentissage des langues
Page de liens à propos de l'espéranto

Revenir à l'accueil des pages de Domi


Mis en ligne le 10 octobre 1999 par Dominique Couturier