En travaux....(mise à jour de novembre 99)
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Je ne suis pas critique littéraire! Ni prof
de lettres, ni, ni.... |
J'espère pouvoir mettre à disposition des
internautes plus d'informations, notamment des extraits d'oeuvres mais il me
faudra auparavant vérifier
auprès des éditions Bernard Grasset dans quelle limites je
peux me permettre de citer
la matière trouvée dans les divers
ouvrages que je possède.
Il existe un ouvrage consacré à l'oeuvre de Mme Rochefort: "Les mots étincelants de Christiane Rochefort" (voir en pied de page). J'ai très envie de me le procurer, mais je ne le ferai qu'après avoir étoffé ces pages-ci, pour ne pas être influencée, et conserver ma vision personnelle de l'oeuvre.
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Christiane Rochefort est née à
Paris en 1917. Très jeune, elle commence à écrire des poèmes.
Puis elle s'interesse à divers arts plastiques, tout en poursuivant des études
de médecine et de psychiatrie. Cependant, c'est l'écriture qui
reste sa passion. Elle gagnera aussi sa vie avec divers boulots, notamment
attachée de presse au festival de Cannes. |
Pour l'essentiel de son oeuvre, Christiane Rochefort est publiée aux Editions Grasset
J'ai relu plusieurs fois le roman, et j'ai récemment revu le film,
diffusé en novembre 99 par la 5.
Je reste hésitante quand à
la vision des personnages par l'auteur. Il subsiste en effet une certaine ambigüité
concernant la "morale" de l'ouvrage, je veux dire la conclusion du
rapport affectif (qui est aussi et surtout un rapport de force), entre Geneviève
et Renaud. Il est difficile de dire si Mme Rochefort éprouve plus de
sympathie pour "elle" ou "lui", et surtout si la conclusion
de l'histoire est à ses yeux un succès ou un échec. Il est
probable qu'en 1958 l'auteur ne pouvait pas ou ne voulait pas trancher plus
clairement. La suite de son oeuvre penchera pourtant plus dans le sens de la révolte
que dans celui de la "rédemption". Le fait que l'ouvrage soit écrit
à la première personne (c'est Geneviève qui est le
narrateur) ne nous donne guère d'indication, car nous savons dès
le début que Geneviève considère avec une certaine amertume
le prix de sa "victoire":
" ...il faut que je quitte
Renaud, puisque aussi bien lui-même s'est quitté. Et continuer.
Dans le même sens. Et vivre. Avec ce que j'ai. Que j'ai voulu."
On
ne peut pas dire que ces lignes soient dans la droite ligne des "happy ends"
des romans à l'eau de rose...
Geneviève Le Theil, jeune bourgeoise bon chic bon genre, part en
province pour régler une affaire d'héritage. A l'hôtel, elle
entre par erreur dans une chambre voisine, et y découvre un homme
agonisant. Le suicidé est sauvé par cette erreur. Il s'attachera désormais
aux pas de sa "bienfaitrice" involontaire, qui va découvrir
avec lui le monde des sens, et un attachement qu'elle nomme "amour".
Mais Renaud rejette avec violence et cynisme ce mot "d'amour". C'est
un être tourmenté et exigeant, avec qui les choses ne peuvent pas
couler comme un long fleuve tranquille. Et surtout, il ne se berce pas
d'illusions. Il sait bien que Geneviève est mue avant tout par l'appétit
sexuel. Il exige qu'elle l'admette.
Pour autant que je m'en souvienne, il y a un fossé considérable
entre le roman, assez noir et désespéré, et le film
relativement complaisant pour le public (bourgeois ou non) de l'époque,
qu'en a tiré Roger Vadim en 1962. Brigitte Bardot y passait l'aspirateur
en tenue d'Eve (c'était d'ailleurs seulement suggéré,
aucune image précise ne nous dévoilait la plastique de BB), et à
la fin, le héros (interprété par Robert Hossein) était
"sauvé" grâce à l'obstination de cette petite
bourgeoise amoureuse.
S'il avait un parfum de scandale, ce film ne remettait
pas grand-chose en cause, en fin de compte. Et il est hélas sans doute
beaucoup plus connu que le roman dont il est tiré.
Dans le film, Renaud Sarti est presque angélique. Il boit,
naturellement (mais on ne le voit jamais saoul), et bien sûr, il résiste
de toutes ses forces à l'attraction du bonheur bourgeois. Mais on ne sent
pas la violence du désespoir qui émane du personnage dans le
roman. Hossein est beau, très beau, et s'il assène ses vérités
à Bardot, c'est toujours avec une relative gentillesse.
Dans le
roman, Renaud refuse de se dévoiler à Geneviève. Il ne lit
que des policiers, vit au jour le jour (n'est-il pas "mort" de toutes
façons, puisqu'il s'est suicidé?) profite sans scrupule de la
manne financière de sa maitresse (de toutes façons, il ne lui a
rien demandé!). Il disparait sans se préoccuper de l'inquiétude
qu'il peut susciter, et pousse même Geneviève à un
libertinage triste. Il l'entraine vers son univers à lui, un univers
assez souvent glauque dans lequel rien n'a vraiment d'importance, puisque de
toutes façons c'est le monde dans son ensemble qui est foncièrement
immoral (Renaud est obsédé notamment par le souvenir d'Hiroshima).
Un jour, ulcérée, Geneviève craque. Elle chasse Renaud, qui part sans discuter. Puis, désespérée, elle tombe malade. Avant d'être hospitalisée par sa famille et un ami médecin, elle laissera un mot à Renaud, l'informant de son état. Mais la "meilleure amie" de Geneviève (pour son "bien", naturellement), subtilisera le message. Renaud ignore donc que sa maitresse est très malade. Quand, par une suite de circonstances, il en prend conscience, il revient, et va consacrer son énergie à défaire le mal qu'il a fait, à protéger Geneviève, à la soigner ("Il avait donc ses limites. devant la mort, il s'était arrêté"). Ils partent en vacances en Italie, puis sur la Côte d'Azur.
C'est à ce stade qu'apparait un personnage complètement occulté
par Vadim: Rafaele.
Rafaele est la maitresse d'un sculpteur à succès:
Katov. Enfantine, légère, détachée de tout, sauf du
jeu et du rêve, Rafaele comprend immédiatement Renaud à
demi-mot. Elle non plus ne croit pas à grand-chose, et joue sa vie, sans
la prendre au sérieux. Une complicité quasi fraternelle (???) s'établit
rapidement donc entre eux. Ils partent sans cesse dans des délires poétiques,
desquels sont exclus les autres, et naturellement Geneviève. Renaud cesse
même de boire!!!...
Geneviève découvre alors un Renaud
complètement différent de l'ours qu'elle connaissait. Cultivé,
féru de musique... Mais elle ne perçoit cependant pas tout de
suite le "danger". C'est son entourage qui se charge de lui désiller
les yeux. Il faut absolument empêcher la relation entre Renaud et Rafaele
de prendre racine: ils sont irresponsables, n'est-ce pas, toujours à rêver...
Il faut les "protéger" d'eux-mêmes.
La tâche sera facile: "Ainsi mon meilleur allié contre
Rafaele était Renaud Sarti. Et celui qui venait en second était
Rafaele. Ils étaient leurs pires ennemis. Je n'avais en somme rien à
faire. (...) Elle était à cent lieues du sacrifice. Pas faite pour
acquitter le prix fort pour un homme.. Pas femelle."
Quand Renaud
décide de se marier avec Geneviève enceinte, celle-ci refuse.
C'est lui qui insiste: "Enchaine-moi. Je veux des chaines, le plus de
chaines possible, et lourdes, que je ne puisse plus bouger. Je suis tombé.
je n'ai pas le droit de l'oublier. Toute l'affaire est que je me suis cru un
dieu, que je bois pour essayer d'y croire, mais c'est pas vrai, finissons-en
avec ces fantaisies icariennes à la con.
(...) Il est plus de
minuit, trop tard pour l'Âge d'Or. Adieu, je n'ai pas le courage, moi de
mourir de fatigue, de mourir de logique. (...)
Il n'y a rien à être
libre. Il faut qu'à la fin je le sache. Passe-moi les menottes, je t'en
prie, vite, je pourrais encore me débattre, Dieu sait, dépêche-toi.
Force-moi. Je m'en remets à toi. Tu entends! Je veux appartenir à
l'espèce humaine enfin, à cette saloperie d'espèce humaine
pas finie.
(...) je veux être rien qu'un homme, je veux dire
Bonjour Comment allez-vous Très bien merci et vous, je veux aller moi
aussi dans la grande Machine à Laver, aide-moi, toi qui sais cela."
Comment mieux dire que renoncement à la révolte et aux rêves
est la première condition pour accéder au bonheur bourgeois, décrit
comme une sorte de mort?
Comme le dit le proverbe, "La femme est
le repos du guerrier", certes... Mais si cette femme est facteur de
stabilité, de reconstruction, si elle étaye, c'est aussi celle qui
châtre (pas complètement, certes, mais n'est-ce pas une forme de
castration que de demander à quelqu'un de renoncer à ses rêves?)...
N'y a-t-il pas une troisième voie?
Dans un roman ultérieur
(Les Stances à Sophie), C Rochefort renversera
les rôles masculin et féminin, et se positionnera plus clairement
contre l'institution du mariage dans ce qu'elle a de plus aliénant.
Détail non présent dans le roman: dans le film, Vadim met en
scène une soirée "branchée". Jazz, boisson... on
pense un peu à l'ennui des bourgeois de la "Dolce Vita"... Et
très furtivement, le temps de deux plans rapides, on voit circuler une
cigarette, très probablement un joint, entre plusieurs invités.
Geneviève refuse d'y goûter "Non, merci.".
C'était
il y a plus de 35 ans.
Une critique assez virulente de la vie dans les grands ensembles, et surtout de la politique nataliste, écrite à une époque où on ne les remettait guère en question, et où mai 68 n'avait pas encore secoué le cocotier. On a commencé à faire étudier ce roman dans le cadre scolaire. Ne serait-ce pas le signe que son pouvoir de contestation s'est beaucoup amoindri? C'est sans doute le plus connu des romans de C Rochefort, avec "Le repos du guerrier".
C'est sans doute à cause de ce roman que le fameux "Lagarde et Michard" sur le XXème siècle, dans les six lignes qui sont consacrées à son oeuvre, la définit comme un auteur "populiste". Ce qui, naturellement, est une ânerie de première. Car si certains personnages de l'oeuvre de Rochefort sont issus de milieux populaires (la Josyane des "Petits Enfants", peut-être Geneviève des "Stances", Christophe de "Printemps au parking", et les fugueurs d'"Encore Heureux"...), elle s'est tout de même autant ou plus attachée à décrire les milieux bourgeois, qu'elle connaissait apparement assez bien, et que, il est vrai, elle n'appréciait pas beaucoup.
En construction... voir les liens extérieurs pour un extrait de ce livre
Le titre est emprunté à une chanson de salle de garde ("Sophie,
toi que j'aimais tant, j't'emmerde, j't'emmerde...")
A l'époque
de la parution, Brassens n'a pas encore écrit "La non-demande en
mariage"...
L'héroine du roman, Céline, a bien
l'intuition qu'elle va faire une erreur en se mariant. Pas vraiment à
cause de la personnalité de son "futur" (nous, lecteurs, nous
pressentons un sale technocrate pénétré de tous les préjugés
de l'époque), mais à cause de ce qu'est le mariage: un
enfermement, le renoncement à soi ("le Carmel", dit son jeune
beau-frère le jour de la cérémonie).
Cependant,
pleine de bonne volonté, elle entre quand même en mariage comme on
entrerait en religion. Que voulez-vous, elle est amoureuse, et de plus "il
a la bonne manière" (au lit, s'entend)...
Il l'a ramassée
dans une "party", et n'a pas dédaigné, malgré les
nombreux handicaps de Céline, d'entreprendre une réhabilitation de
cette petite chose perdue, qui n'a d'autre but dans la vie que... vivre (!).
Céline rentrera donc dans le rang, et dans un effort méritoire,
fera tout son possible pour renoncer à elle-même, et à sa
vie de célibataire joyeuse, mais quelque peu chaotique.
Honnêtement:
elle ne triche pas. Elle essaiera d'être une bonne épouse, de se
plier aux exigences de Philippe. Mais son regard sans concession sur le milieu
bourgeois où elle vient d'entrer par la petite porte (attention, dans ce
milieu, même quand on aime, on ne mélange pas les biens de l'époux
avec les "non-biens" d'une sans-famille... et on fait un
contrat de mariage) va assez vite lui faire retrouver sa belle lucidité,
un temps mise entre parenthèses par "l'amour".
C'est quand
elle commence à se rebeller qu'elle prend la mesure de l'affection que
son mari lui porte... Il ne l'aime au fond que comme un charmant objet à
sa propre dévotion, à son propre service. La sauvegarde des
apparences, une voiture neuve, un espoir de carrière politique sont pour
Philippe bien plus importants que le fait de savoir qui est au fond cette
personne avec qui il a (théoriquement) choisi de passer le reste de sa
vie. La vraie Céline n'existe pas pour lui. Et pourtant, elle est d'une
vive intelligence. Mais aussi une sacrée emmerdeuse...
On se dit que
la capacité de Céline à analyser les mécanismes de
la pollution relationnelle entre les gens aurait dû la préserver de
la tentation de faire une fin conjugale, du moins avec un homme de cet acabit.
Et on se demande vite comment l'acuité de son regard n'a pas réussi
à empêcher Céline de sombrer dans une histoire aussi
lamentable.
C'est peut-être là le point faible de ce roman de Mme
Rochefort. Du moins relu à notre époque...
Qu'est-ce qui a
poussé Céline au mariage, alors qu'elle en pressentait largement
les risques et les tares? Le poids de la société environnante? A
l'aube de l'an 2000, on a presque oublié ce qu'il pouvait être dans
les années 60!
Dans cette perspective (c'est à dire à
cette époque), c'est peut-être la lucidité et l'exigence du
personnage qui sont étonnantes, et non pas la concession qu'elle fait
(momentanément) à la normalité..
Et si on compare ce roman au "Repos du guerrier", on voit que cette fois-ci le mariage y est franchement battu en brèche. Sans doute Céline est-elle moins tourmentée que Renaud Sarti, et c'est cela qui fait toute la différence. Contrairement à lui, la révolte de Céline ne la conduit pas au désespoir, mais suscite et entretient son appétit de vivre. Cela correspond-il à une évolution de la construction personnelle, ou des convictions de l'auteur (elle a alors l'âge de 46 ans)? Difficile de le savoir...
En construction...
Ce roman, que je qualifierais de "poésie-fiction", publié en 1966 est le premier dans lequel Christiane Rochefort se livre aux délires qu'on retrouvera dans Archaos. A sa sortie, il a surpris le public et la critique, mais on se rend compte maintenant que deux ans avant mai 1968, il avait un caractère quasi prémonitoire.
Dans un monde pollué, verrouillé, livré aux technocrates et à des politiciens gâteux, la jeunesse et son énergie à vivre représentent un danger majeur. On fait donc tout pour les contrôler. C'est une société policière qui conditionne les enfants dès l'école en leur faisant seriner des principes d'obéissance à "papa manman qui m'avez fait dans la joie", exige que les jeunes se marient au plus vite, fondent une famille. Mais attention! Les futures épouses ont été soigneusement conditionnées pour ne pas s'intéresser au sexe, et tout un dispositif de flicage mental et social est en place pour éviter que quoi que ce soit puisse bouger.
Comme dans le "1984" d'Orwell et dans "Le meilleur des mondes" d'Huxley, la guerre est un état permanent, mais on le cache soigneusement aux populations.
La Lune, astre cher aux poètes, représentait le rêve. Notre satellite a donc été détruit, pulvérisé par décision des gouvernants. Cependant il reste beaucoup de gens qui s'en souviennent, et qui chantent à mots couverts sa légende.
Cependant la force de révolte de la Jeunesse, contre laquelle même les manipulations s'avèrent inefficaces, va conduire à l'implosion du système...
à suivre...
Un de mes préférés, avec "Archaos" et "La
porte du fond".
Un adolescent promis à une carrière d'OS
ou de chômeur se révolte sans violence contre l'enfermement dont
est victime son entourage, ainsi que lui-même. C'est l'histoire d'une
prise de conscience.
Parce que son père lui a demandé de se
pousser de devant la télé, qui est en panne, il fait le constat
que ce dernier est mort, et s'en va simplement, sans pousser un cri.
Dans
son errance, il rencontre une "orientatrice" aux seins généreux,
il se fait aider par sa petite copine qui lui fournit un peu de monnaie, il découvre
le monde des étudiants, qui lui était complètement étranger,
et les débats politiques et philosophiques qui agitaient le monde étudiant
à cette époque (et nous semblent un peu vains maintenant...).
Christophe n'est pas dénué d'humour. Il surnomme celui qui
deviendra son ami: "Merdier Occidental". Il a simplement entendu ce
dernier, étudiant en chinois, polémiquer sur les défauts
respectifs des systèmes capitaliste (occidental) et communiste
(oriental). Pour permettre à Christophe de draguer l'orientatrice à
la bibliothèque, Thomas prêtera sa carte d'étudiant à
Christophe...
C'est ainsi que Christophe, dans sa fugue, deviendra le protégé
de Thomas. Mais surtout, surtout, il va faire l'expérience improbable
d'un amour auquel ni lui, ni l'objet de cet amour ne pouvait s'attendre.
Il
résiste de toutes ses forces, il ne voit pas ce qui lui arrive. Il résiste,
mais pas autant que Thomas.
Et c'est Christophe qui finalement montrera la
voie de la liberté à son aîné. Une liberté qui
inclut la totalité de l'être. Car au-delà des conventions,
ce sont les esprits bien autant que les corps qui se rencontrent dans le désir
partagé. Pourtant, ni Christophe ni Thomas ne correspondent à
l'archétype de l'"homosexuel" tels qu'on les imagine à
cette époque, et encore maintenant. Ils sont les premiers surpris de ce
qui se passe entre eux. S'ils finissent par prendre acte de ce qui leur arrive,
c'est parce qu'ils ont suffisamment de liberté en eux pour ne pas s'en
offusquer. Et le dernier tiers du roman est flamboyant de vie, débordant
d'émotion, le tout empreint à la fois de pudeur et de révolte.
Ce sont les pages les plus magnifiques que j'aie lues sur le désir.
Christiane
Rochefort expliquait en substance qu'elle ne voulait surtout pas que ses romans
soient mal interpétés par des petits bourgeois à la
recherche d'émotions malsaines. Dans "Printemps au parking,"
elle a réussi de façon magistrale à faire passer le souffle
de la vie, sans donner prise à la salacerie de certains.
Aller à la page consacrée à ce roman...
Si j'ai beaucoup aimé ce roman quand je l'ai lu la première
fois, il m'a moins emballée quand je l'ai relu récemment.
Il dépeint
la fugue (non préméditée!) d'un groupe de collègiens
voués à une voie de garage, que leur prof vient une fois de plus
de traiter de nuls.
A la suite de cette fugue, d'autres enfants s'enfuient
spontanément de chez eux. Ils se dirigent vers leurs rêves les plus
chers (la mer, par exemple...) et, spontanément aidés par des
adultes, prennent le maquis, errent le long des routes, aiment, s'interrogent
sur le monde et la vie.
On suit plusieurs groupes d'enfants... auxquels il
n'arrive pas que des évènements agréables. Cependant le ton
n'est jamais dramatique.
Comme dans "Printemps au parking", réapparaissent
dans ce roman les thèmes des amours homosexuelles, et de la révolte
des enfants contre le monde "adulte".
Le plus surprenant des romans de Mme Rochefort.
C'est sans doute un roman "à clef". Mais laquelle, ou lesquelles?
Si le titre est emprunté à Nietzsche: "Quand tu vas chez
les femmes, n'oublie pas ton fouet", il démarre par un clin d'oeil à
Rimbaud et son "Bateau ivre".
Les premiers vers du poète:
"Comme
je descendais des fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par
les haleurs
Des peaux-rouges criards les avaient pris pour cible
Les
ayant cloués nus aux poteaux de couleurs."
sont
devenus:
"Aux deux tiers du chemin de ma vie, à peu près,
je ne me sentis plus tiré par les haleurs.
- On ne hale plus, énoncèrent-ils
dans leur langue. Vous n'avez qu'à vous haler vous-mêmes.
Chose
impraticable, comme beaucoup d'autres aujourd'hui, mais la nostalgie aussi il
faut en faire son deuil, ça ne vaut plus la peine. Ça vous fera
les bras, dirent-ils, et ils se moquaient de la berge."
Du narrateur, on ne connait pas l'identité. On ne sait que son prénom:
Bertrand.
La lecture de cet ouvrage m'a mise profondément mal à
l'aise. Mais naturellement, je pense que l'auteur a voulu sciemment provoquer ce
malaise chez le lecteur. On sait bien qu'après le succès du "Repos
du guerrier", elle s'est attachée à donner le moins possible
prise à la salacerie d'un lectorat qui ne serait pas prêt à
comprendre ce qu'elle écrivait... Ce roman, rédigé à
la première personne, décrit en effet, "de l'intérieur",
un parcours et une personnalité masochistes. Du moins, au premier abord.
Car,
si la critique a fait semblant de croire (ou a vraiment cru) que c'était
là l'objet du livre (objet somme toute anecdotique), on peut se poser la
question de savoir si l'ouvrage n'est pas, en fin de compte, beaucoup plus que
cela.
A mon avis, le livre entier est une métaphore. Ne
souligne-t-il pas, sous prétexte de décrire le comportement déviant
d'un individu respecté, mais complice de l'ordre établi, le
masochisme de toute une société?
En, effet, le
principal personnage (oserais-je dire "Le héros"?) est
psychanalyste... (Ceci n'est-il pas une clé? Et non des
moindres!).
A la suite d'une séance"érotique"
tariffée, et à l'occasion d'un coktail mondain, il va décider
d'assumer sa nature cachée, en exhibant fièrement, comme un défi
au monde "normal", l'appendice (un fouet) que lui a planté
dans le fondement une "maitresse" professionnelle.
A cette
occasion, il rencontrera "l'Ange", qu'il se choisira comme "maitresse".
Mais l'Ange se moque éperdument de Bertrand. Si elle ne le repousse pas
(il n'en vaut pas la peine?), elle ne semble pas non plus prendre un plaisir ni
un intérêt particuliers à le torturer ou l'humilier. Elle
est détachée, au-dessus, bien au-dessus de cela. C'est au fond
lui, et lui seul qui est le moteur de ses propres actes auto-destructeurs.
Il nous démontre surtout au fond, que le ridicule ne tue pas. Rien d'excitant en effet dans les mises en scène sordides évoquées. Tous ces gens se jouent une comédie par laquelle il essaient d'échapper au vide de leur vie ou à un sentiment de culpabilité. L'art de l'auteur est bien de toujours apporter en contrepoint de l'exaltation du "héros"un regard critique et ironique.
Certes, le narrateur est "masochiste", mais s'il s'exalte dans des
envolées mystiques ou la souffrance est vécue comme la démarche
d'une élite, on arrive difficilement à le prendre au sérieux.
Je me suis demandé longtemps si cet ouvrage n'était pas avant
tout une charge contre la psychanalyse freudienne, comme institution. Après
relecture, mais surtout à la lueur du reste de l'oeuvre de Mme Rochefort
(notamment "Une rose pour Morrison", "Printemps au parking"
et "Arachaos", je suis de plus en plus convaincue que c'est dans cette
direction qu'il faut creuser pour appréhender le message du roman.
Comment un psychanalyste, qui lui-même fait plus que flirter avec
l'instinct de mort, pourrait-il aider ses patients?
Bien sûr, on peut
dire que ce livre est caricatural (et c'est vrai). On peut me dire que je ne
connais pas grand-chose à la psychanalyse (c'est vrai aussi). N'empêche.
Nous en connaissons bien assez sur cette institution pour percevoir toute
l'ironie que Christiane Rochefort a mise dans les processus mentaux de son
personnage.
Enfant, il rêvait que son père le violait, et en
est resté à ce stade de soumission au Père (Dieu???).Cela
nous renvoie au roman suivant de Christiane Rochefort, "La porte du fond",
où l'héroïne déclarera: "Le malheur, ce n'est pas
le sexe. C'est le patron."
L'Ange et son amie s'en fichent, elles ne
rentrent pas dans le jeu, c'est pourquoi elles sont libres... Et partent
finalement, le laissant seul... avec les commissions et la vaisselle à
faire!
Une autre piste pour comprendre ce roman est d'ailleurs une lecture "féminine" ou "féministe"...
En construction...
Un roman sur l'inceste, écrit à la première personne.
Rien
de misérabiliste pourtant. Si l'héroine s'en tire, c'est avant
tout parce qu'elle n'assume pas un rôle de victime. Elle se révolte
tout au long du livre. Elle n'accepte pas. Elle est lucide. Et, nous dit-elle (à
moins que ce ne soit C Rochefort elle-même?): "Le malheur, ce n'est
pas le sexe. C'est le patron."
En construction...
Sujet sulfureux entre tous.... C'est avec "La porte du fond" que se conclut l'oeuvre romanesque de Christiane Rochefort, et ce n'est sans doute pas un hasard. Car si l'inceste est alors le thème central de l'ouvrage, c'est dès le premier roman qu'on voit apparaitre la tentation des relations interdites entre adultes et enfants.
Dans le "Repos du Guerrier", lors du voyage en Italie, Renaud est attiré par une petite fille encore impubère, qui semble répondre à ses avances, voire même le provoquer.
Dans les "Petits enfants du siècle", Josyane, âgée d'environ treize ans, trouve pour la première fois un peu de poésie et de tendresse auprès d'un ouvrier maçon italien d'une trentaine d'années.
Dans "Les Stances à Sophie", la jeune belle-soeur de Céline
tombe amoureuse de cette dernière, et c'est l'adolescente qui pousse la
femme à la transgression. Ici, le tabou des relations entre adulte et
adolescent se double de celui sur les relations homosexuelles.
Dans "Printemps au Parking", c'est encore une histoire entre un adolescent et un jeune adulte, cette fois au masculin.
Archaos foisonne de situations dans lesquelles une sexualité
enfantine est mise en scène, mais surtout Christiane Rochefort y parle
pour la première fois clairement de l'inceste. Le roi Avatar II y viole
carrément sa fille Onagre. Il est vrai que c'est dans un de ces moment
d'absence, où il n'a plus conscience de ses actes. Avatar est en effet un
être partagé entre ses instincts secrets et le poids de sa
bigotterie maladive. Govan, (le double masculin d'Onagre, son jumeau) l'assomme
aussitôt avec une grosse pierre. Revenu à lui, le père prend
enfin conscience du mal qu'il a fait, et "se la coupe" aussi sec. Il
réchappera de cette auto-mutilation, et renonçant dans la foulée
aux affaires de l'Etat, deviendra tout à fait charmant.
La fille ne
lui en veut d'ailleurs pas...
"Il s'inquiète de l'opinion
que sa fille a de lui.
- Pas fameuse, dit Onagre de son bain. Pauvres bergères.
Mais ne lui dis pas ça lui ferait de la peine, et maintenant ça ne
sert plus à rien.
- Que veux-tu ma fille, je ne pouvais pas
l'instruire puisque je ne savais rien car il ne m'avait pas enseignée étant
lui-même ignorant, et voilà comment les choses de l'amour vont de
travers."
Dans Archaos, on trouve aussi la paysanne Litote, promue
nourrice secrète de la princesse secrète, qui donne un peu de
tendresse au petit page Filet-Mignon, et le brigand-peintre Héliozobe qui
initie le prince Govan.
Dans "Encore heureux...", un surveillant du collège est ébloui par la beauté d'une des jeunes fugueuses, et part à sa recherche...
Dans "Quand tu vas chez les femmes", on apprend que Bertrand, sous prétexte d'initier sa fille, l'a violée (ce dont elle ne lui a eu aucune reconnaissance, et à la suite de quoi elle s'est résolument tournée vers les femmes). Par ailleurs, lui-même a le fantasme du viol par son père.
Tout au long de l'oeuvre, tous se passe donc comme une prise de conscience, et l'acheminement vers une révolte ( père violeur assommé et châtré). D'une prétendue "séduction" exercée par les enfants envers les adultes, dans les premiers romans, on passe progressivement à la dénonciation ("Quand tu vas chez les femmes") pour aboutir au personnage de "La porte du fond", qui dit "non" d'un bout à l'autre du roman, tentant de s'enfermer dans sa chambre, refusant de toutes ses forces d'entrer dans la logique malsaine du père. C'est ce qui la sauve.
Peut-on aller jusqu'à dire que l'oeuvre de Christiane Rochefort est le reflet d'un itinéraire personnel? Je m'en garderai bien, paix à son âme. En tous cas, je remarque que "La porte du Fond" a été écrit à une époque où l'on a commencé à se préoccuper de cette question, à ne plus ignorer la parole des enfants, à briser le tabou qui les laissait démunis dans leur souffrance cachée, face à des adultes manipulateurs et tous-puissants...
Certaines femmes ont brisé ouvertement le tabou du silence au sujet de l'inceste (Barbara, Marie Laforêt). Si la parole de Christiane Rochefort ne nous apparait pas aussi "personnelle", elle n'en est pas moins riche d'enseignements, et de de possibilités libératoires. Alors, peu importe de savoir quelles sont la part de création et la part biographique dans les situations mises en mots...
ommander un livre sur l'internet.
J'ai fait une recherche de pages internet à propos de Christiane
Rochefort, à l'aide de moteurs de recherche, pendant l'été
99. Je n'ai pas trouvé énormément d'articles sur elle et
son oeuvre... En fait on trouve surtout des sites vendant ses livres! Et de
l'anecdotique... Un peu décevant.
D'ailleurs en octobre 99, je n'ai
trouvé aucun de ses livres dans deux des plus grandes librairies d'Angoulème.
Autant dire qu'elle n'est plus très lue ces temps-ci. Qu'en penser?
Dominique Couturier, (mise à jour du 28 novembre 99)