"La" langue et "les" langueS

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Faites l'expérience: dites quelques phrases dans une autre langue que le français (italien, allemand, russe...) à des enfants dont l'âge est situé... disons, entre 4 et 11 ans.

"C'est de l'anglais!" vont s'écrier la plupart d'entre eux.

Hélas, certains de nos contemporains s'en réjouissent, beaucoup d'autres s'y résignent... L'anglais semble devenue "LA" langue par excellence.

Pourtant, la montée en puissance de la langue anglo-américaine depuis la fin de la deuxième guerre mondiale n'avait, et n'a toujours rien d'inéluctable.
De plus, cette présence est loin d'être sans conséquences... (descendre pour des commentaires et liens, en bas de page)
Mais j'ai confiance: le pire n'est jamais certain, et j'ai fait mienne cette phrase de Sénèque, fréquemment citée par mon ami Claude C:

"Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas,
mais parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles."


En juin dernier (2005), notre IEN (Inspecteur de l'Education Nationale), relayant une initiative de l'inspection académique et de la conseillère pédagogique en langueS (remarquez ce pauvre "S" du pluriel,  qui doit bien se demander ce qu'il fait là!), priait les directeurs d'effectuer une enquête auprès des familles, afin de déterminer si, à la place de l'incontournable anglais, l'introduction de l'allemand en primaire pourrait se justifier par un nombre suffisant de volontaires. Les enquêtes, dans un nombre assez grand d'écoles, ne furent même pas effectuées!
On peut, certes, connaissant leur écrasante charge de travail,  excuser les directeurs...
Mais n'est-ce pas aussi que de façon inconsciente (
ou consciente), ils étaient déjà résignés, pressentant le résultat de l'enquête? Je n'ai pas besoin, moi, de faire une enquête pour avancer que dans les représentations mentales des parents, l'allemand est perçu comme difficile, élitiste, et relativement inutile. Au contraire, l'anglais est perçu comme incontournable, populaire et pas très compliqué (suivre les liens de cette page pour une critique de cette illusion).
Y'a pas photo!
Il aurait fallu, bien entendu, tout de même effectuer l'enquête...


A la fin des années 80, au début des années 90, mes collègues souriaient de moi quand, lors des animations pédagogiques je prédisais tristement qu'après une initiation "auX langueS",  on en viendrait inéluctablement à imposer le SEUL anglais. "Mais non, Dominique, tu penses bien que personne ne laissera faire ça!..."
A l'époque, pendant deux ans, j'ai initié mes élèves à l'italien... Mais l'italien, en Europe, est actuellement sur la mauvaise pente, et d'ailleurs quelques hommes politiques d'Italie commencent à réagir. Ce n'est hélas que quand les catastrophes deviennent évidentes que les sursauts salutaires commencent à se faire.
Bref, je pourrais écrire des heures et des heures sur le sujet.

Cette très longue introduction pour expliquer pourquoi, lorsque je vais travailler dans des classes de cycle 3 (mais parfois aussi de cycle 2) je consacre un peu de temps à proposer aux enfants des activités de prise de conscience de la nécessité d'une diversité linguistique, et de familiatisation avec les diverses langues que je pratique moi-même.
Ces activités sont encore en cours d'élaboration. Le Monde de l'Education rendait compte, voici quelques mois, d'une initiative intéressante (en Anjou, je crois). La maîtresse y anime une approche multiculturelle DES langues, et pas seulement le conditionnement à l'anglais. Je désire travailler dans la même direction.
Je ne pratique pas toutes les activités chaque fois, cela dépend de plusieurs facteurs: durée du remplacement, âge des enfants, désirs exprimés ou non par le (la) collègue absent(e), effectif de la classe etc...

Activités concernant les langues et la découverte de la langue internationale:

Lecture, histoire, géographie, éducation civique:
 L'enfance de Lazare-Louis Zamenhof
Notions abordées: localisation de la Pologne en Europe, tensions culturelles, racisme, antisémitisme, impérialisme du régime tsariste...

Littérature enfantine:
 "Le troll griffu" conte écrit par des enfants de CP suédois

Comparaison du lexique de langues indo-européennes:
 le jeu des ressemblances

Chanson mimée:
"En domo, granda cervo" (dans sa maison un grand cerf)

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Remarques et arguments supplémentaires:

- A propos de la situation actuelle d'enseignement des langues, où l'anglais tient le haut du pavé, alors que les autres langues doivent se contenter de ramasser les miettes qui restent, certains parlent d'un "impôt linguistique", véritable tribut payé par les nations non-anglophones aux USA et à son satellite, la Grande-Bretagne.
En effet, ces deux pays font de substantielles économies grâce à un enseignement qui néglige presque totalement les langues étrangères, et engrangent au contraire des bénéfices colossaux, en cours divers, méthodes, séjours, produits culturels, etc etc...
- Nous sommes nombreux à avoir été scandalisés du rapport Thélot, qui prétendait nous pousser sur la voie du "tout-anglais", et nous attendons avec impatience la parution du rapport de François Grin (économiste spécialisé dans les questions linguistiques),  dont certains médias se sont faits l'écho  (explorer également tout  le blog de mon ami Claude sur Le Monde).
Lire un article antérieur de F Grin dans la revue "Panoramiques", "Coûts
et justice linguistique dans l'élargissement de l'Union européenne"

A propos de M Thélot et des "spécialistes" qui nous bercent de la promesse qu'en plus de l'anglais, les petits  Français apprendront  une ou deux autres langues étrangères dans le secondaire, il faut être bien désinformé ou naïf pour gober ces promesses.
La seule question qui vaille c'est: "Croient-ils eux-mêmes à cette fable?" Non que je veuille les accuser de malhonnêteté. Mais le simple bon sens permet de comprendre que c'est irréalisable à grande échelle, et ne peut fonctionner qu'avec une part très limitée de la population.


Lire également cette page de l'association dont je suis présidente, l'ACE (Association Charentaise pour l'Espéranto).
Voir aussi ce qui se passe au niveau européen, notamment grâce à la députée au P.E Malgorzata Handzlik
Enfin, la commission "éducation" des Verts a publié sur son site ce pamphlet, que j'écrivais en avril 2004 (version PDF)

Pour les résignés, les désespérés, ceux qui détestent la "macdonaldisation" de la culture mondiale et de la communication linguistique, mais croient la partie définitivement jouée, je citerai ces mots du Docteur Renato Corsetti (psycho-linguiste à l'Université de Rome) lors du dernier congrès mondial de Vilnius (23 - 30 juillet 2005):

"Nous ne sommes que la partie émergée de l'iceberg"

  Il parlait des espérantistes actifs, et plus spécialement de ceux (2300 personnes venant de 60 pays!!) qui participaient au congrès. A ce même congrès, il soulignait que si l'Europe tergiverse, et traîne les pieds pour étudier les solutions linguistiques qui cimenteraient  l'identité européenne, c'est en Amérique latine (au Brésil notamment), en Afrique et en Inde que l'alternative à la domination de l'anglais fleurit avec le plus d'énergie...
J'ajouterai que la Chine, car actuellement elle joue sur les deux tableaux (anglais ET espéranto), aura sans aucun doute un rôle majeur le moment venu.

En fait, rien n'est joué.
Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que les plus "réalistes" n'étaient pas ceux qui, en  40, s'étaient résignés à la défaite face aux puissances de l'Axe, ni ceux qui, à la fin des années 70 et au début des années 80, prédisaient encore un siècle de communisme derrière le rideau de fer. Plusieurs fois, déjà, l'histoire récente a donné tort aux "réalistes" et validé "l'improbable".
Reinhard Selten, prix Nobel d'économie 1994 écrit  dans un ouvrage récent (Für Zweisprachigkeit in Europa, pour un bilinguisme en Europe, p ): "Seid realistich, ertwartet das Unmögliche!"  (Soyez réalistes,  attendez-vous à l'impossible!").
Et le coauteur de l'ouvrage, Helmar G Franck (président de l'Académie des Sciences de San Marin, diplômé en mathématiques, physique, philosophe, informaticien...) ajoute (p 22) "Lerne zwei Sprachen statt einer und spare Zeit!" (apprenez deux langues au lieu d'une seule et économisez du temps!"


Au  sujet du rapport Grin, quelques liens:


Un article d'information et d'opinion sur un site des Verts


Le rapport Grin lui-même dans son intégralité

L'avis du HCéé

La politique d'enseignement des langes prévue dans les prochaines années

Sur le terme de "Langue internationale" et son emploi:
C'est le nom donné par LL Zamenhof à sa LAI (langue auxiliaire internationale), brillante synthèse basée sur le lexique des langues indo-européennes, et la structure de nombreuses langues asiatiques.
ATTENTION aux formulations trompeuses! L'anglais, le français, l'espagnol, le chinois, l'allemand sont des langues véhiculaires, utilisées internationalement.
Mais ce ne sont PAS des "langues internationales". Elles sont et restent des langues nationales, intimement liées à des cultures, des nations et des états.
Par conséquent, ce sont des langues forcément intrumentalisées par les nations qui les parlent.

La langue qui actuellement a le plus grand degré d'internationalité, à la fois par sa nature et son usage, c'est l'espéranto.
Sur cette question, voir ce qu'en écrit le professeur Claude Piron, notamment " Langue occidentale, l'espéranto?"
Les plus curieux pourront butiner parmi ses nombreux articles.
Voir également le CRDP de Bretagne (sur ce site vous pouvez télécharger le pack de découverte) et Education37.net sur La journée des langues vivantes
En Charente, l'ACE participe chaque annnée à la journée des éditeurs, vers la mi-septembre.

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Page créée  le 8 août 2005,  actualisée le 10/09/05