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Les Français sont-ils "nuls en langues"?

Pourquoi les langues? ... Lesquelles? Comment? Pour qui?

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Une expérience personnelle..

Comme pas mal de gens de ma génération (mais il me semble que ce n'est pas disparu de tous les établissements), j'ai dû subir un enseignement des langues un tantinet rasoir et assez culpabilisant.
On ne m'avait donné aucun choix, puisque dans le petit collège parisien où j'étudiais dans les années 60, les deux seules langues proposées étaient: l'anglais comme 1ère langue, et l'italien comme 2ème langue.
Exercices de grammaire barbants, formules à appliquer, contrôles et notes-couperets: rien de vivant ne permettait vraiment de progresser dans la joie en anglais...
Le milieu modeste dans lequel je grandissais excluait complètement la possibilité de voyages linguistiques coûteux.
Je n'étais pas franchement mauvaise en anglais, non. Mais je me rendais bien compte des limites de ce qu'on m'avait inculqué.


Un ou deux ans avant le bac, j'ai donc décidé d'opter pour l'italien.
Et c'est cette langue, proche de la nôtre, qui m'a enfin fait découvrir la jubilation des mots qui arrivent seuls aux lèvres, l'amusement mêlé d'agacement qu'on éprouve devant certains autochtones s'évertuant à vous parler "petit-nègre", alors que vous parlez (presque) aussi bien qu'eux...J'ai par la suite, vers vingt ans, pas mal voyagé en Italie...

Plus tard, dans ma maturité, j'ai participé à des associations autour de la naissance, du maternage et de l'alimentation des nourrissons, et de solidarité avec le "Tiers-Monde". Je me suis alors trouvée devoir consulter des documents en langue anglaise, et même participer à des rencontres internationales qui utilisaient l'anglais.

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... qui m'a incitée à la réflexion

Petit à petit, cette langue m'est devenue plus familière, et ce que l'école n'avait pas réussi, la vie et le besoin d'accéder à l'information l'ont réalisé...

Mais c'est à cette période que j'ai commencé à prendre conscience des limites objectives de l'usage de l'anglais comme langue de communication, et à perdre les quelques complexes qui me restaient à ce sujet.
En effet, chaque fois que je proposais à quelqu'un des documents en anglais (qui me semblaient faciles d'accès), on me les refusait: "En anglais?... ah, non, je suis désolé(e), je ne pourrai pas le lire".
Or, les personnes qui refusaient ainsi des documents qui auraient pu leur être utiles, étaient des gens normalement éduqués et cultivés de la classe moyenne.
Jeunes, vieux, ancien bons élèves ou anciens cancres, l'échec flagrant de la politique d'enseignement des langues depuis des décennies me sautait enfin aux yeux.
Depuis, cette impression n'a fait que se confirmer: le temps et l'énergie que nous investissons dans l'enseignement des langues a un rendement inférieur à celui qu'il est censé avoir...

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Alors???...

Les français sont-ils "nuls en langues", comme on l'entend souvent répéter par nombre de nos compatriotes, avec un apparent masochisme? Je pense définitivement que non.
Du moins... pas plus que les Anglais!... Ou que les Allemands... les Espagnols... les Italiens... (que dire des Américains du Nord?... grosso modo tous les peuples à langues "fortes").
Et puis, disons-le franchement, ceux qui s'autorisent ainsi à dénoncer "l'incompétence" de leurs compatriotes ne le font pas toujours pour des motifs très avouables.
Le proverbe le dit bien : "Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois"... Critiquer les autres est dans la plupart des cas simplement une façon de se dédouaner, de se placer au-dessus du troupeau. Une manière de se rassurer sur ses propres compétences, voire de les vanter ("les autres sont assez nuls... oui, mais pas moi"). Ce n'est pas joli joli, comme procédé. Disons que ça manque même carrément d'élégance.
Non, les Français ne sont pas, par prédestination, ou une sorte de fatalité, plus réfractaires aux langues étrangères que la plupart des peuples du monde. S'ils ne font pas des étincelles, il y a des causes à cela, sur lesquelles on peut agir. Ils s'en rendraient compte, si on leur permettait d'examiner les choses objectivement et calmement.
Car en fait, dans l'affirmation "Les Français sont nuls en langues", ce qui est à l'oeuvre, c'est une énorme entreprise de mystification et de culpabilisation. Plus ou moins inconsciente, mais pas anodine pour autant dans ses conséquences.
Le professeur Claude Piron (enseignant à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'université de Genève, ancien traducteur à l'O.N.U pour l'anglais et le russe) l'a très bien analysé dans son excellent ouvrage "Le défi des langues" (Editions de l'Harmattan).

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L'effet de blocage

N'importe quelle personne à l'esprit un peu critique se rend compte que la maîtrise d'une langue étrangère ne peut s'obtenir qu'avec de nombreuses heures d'imprégnation et de pratique.
On estime entre 1500 et 2000 h le temps nécessaire pour obtenir le niveau d'anglais requis pour passer le baccalauréat.
Mais cela est loin de signifier une aisance comparable à celle des locuteurs natifs! Et les efforts à fournir, ainsi que le temps à passer sont souvent d'autant plus importants que la langue étudiée est éloignée de notre langue maternelle.
Que se passe-t-il en France? Dans l'immense majorité des cas, la première langue étrangère avec laquelle les enfants sont mis en contact est l'anglais.
Le choix de cette langue n'est fait ni pour des raisons culturelles, ni pour des raisons pédagogiques, mais simplement à cause de sa situation de quasi monopole dans les domaines de l'économie et du commerce. Or, ce qu'on se garde bien de dire, c'est que pour nombre d'élèves -pourtant bien conditionnés au départ, par le développement toujours croissant de tous les produits culturels en langue anglaise (films, chansons, etc..)- les difficultés inhérentes à l'anglais (orthographe illogique, prononciation imprévisible, très nombreux idiomatismes..), provoquent un fort effet de blocage.

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Les Européens ne sont cependant pas tout à fait égaux devant l'apprentissage des langues...

C'est ainsi qu'une partie des élèves, enthousiastes à l'idée d'apprendre enfin la langue de leurs chanteurs ou de leurs acteurs préférés, se retrouvent en situation d'échec en quelques mois, ou traînent tout au long de leur scolarité secondaire une médiocrité qui les persuadera peu à peu que les langues, décidément, ce n'est pas fait pour eux. Quand aux élèves moyens, s'ils n'ont pas l'occasion de mettre souvent en pratique leurs acquis, ces derniers se détériorent peu à peu.
Dans une telle situation, pour ne pas perdre la face, que reste-t-il à faire? fanfaronner... Personne n'aime être vu en situation d'échec... les français sont donc touchés du syndrome du renard: "Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats..." (La Fontaine).

La tâche est relativement moins lourde pour les citoyens du nord de l'Europe. Les Allemands, les Néerlandais, les Danois, les Suédois... ont des langues maternelles originaires du même groupe que l'anglais.
Et s'ils ont à se confronter aux mêmes difficultés concernant l'orthographe et l'accent, du moins retrouvent-ils de nombreuses ressemblances dans le vocabulaire et dans les structures.
Cela peut expliquer partiellement que l'échec soit moins patent dans ces régions de l'Europe. Ceci, joint à un entrainement très précoce en milieu scolaire.

Mais cela ne signifie pas que leurs populations dans leur globalité sachent beaucoup mieux ou beaucoup plus de langues étrangères!

Tout au plus peut-on constater qu'ils connaissent un peu mieux l'anglais (on a vu qu'ils y éprouvent un peu moins de difficultés), et qu'ils gardent une attitude légèrement moins négative envers l'apprentissage....
Enfin, la plus grande souplesse des systèmes éducatifs et des méthodes d'enseignement n'y est-elle pas pour rien...

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Une multiplicité de facteurs...

Cependant, il est probable qu'il y a effectivement quelques peuples qui ont su développer mieux que d'autres ce "don des langues".
Il s'agit des peuples ayant des langues au rayonnement presque inexistant sur le plan international: Finlande, Roumanie... et de façon plus générale la plupart des petits peuples n'ayant jamais visé à établir des empires (il est à peu près certain que le colonialisme ou l'expansionnisme des "grands" pays d'Europe a aussi joué un rôle psychologique dans l'attitude de leurs citoyens à propos des langues étrangères)
Enfin, on peut aussi citer tous les peuples qui ont été à un moment ou un autre colonisés...
On entend parfois dire que dans ces pays, tout le monde sait une langue étrangère (l'anglais en Finlande, le français en Roumanie...).
Il est assez vraisemblable que certains peuples aient en effet mieux que d'autres su développer leur potentiel dans ce domaine, pour des raisons de simple nécessité que n'avaient pas les peuples plus "dominants".
Une amie roumaine, à qui je demandais s'il était exact que de nombreux Roumains soient capables de s'exprimer dans une ou des langues étrangères, et si oui, comment elle l'expliquait, me répondit: "On nous a tellement interdit de communiquer avec l'extérieur, qu'on finissait par le désirer d'autant plus fort!"

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Prendre un peu de recul...

Il ne faudrait pas pour autant surestimer l'apparente réussite de quelques peuples, et en prendre prétexte pour continuer à pratiquer l'auto-flagellation.
Il n'existe actuellement à ma connaissance aucune statistique rigoureuse, exhaustive et fiable qui permette d'affirmer que tel ou tel pays ait un pourcentage de polyglottes significativement supérieur aux autres. Cela serait d'autant plus difficile à réaliser qu'il n'est pas facile de déterminer en quoi consiste exactement connaitre une langue...
La plupart de ce qui se véhicule sur le sujet est fait essentiellement d'impressions colportées par des voyageurs plus ou moins objectifs (s'ils parlent anglais de façon acceptable, et se déplacent dans des milieux touristiques ou industriels, pour des raisons professionnelles, ils rencontrent bien évidemment une plus forte proportion de polyglottes qu'il n'en existe dans la population!).
Et hélas, rien n'est plus fragile et sujet à caution que le témoignage humain, ni plus tenace que les représentations mentales ou préjugés...
Ainsi, j'ai entendu à de nombreuses reprises des gens m'affirmer que "les Japonais savent tous l'anglais".
Me trouvant un jour avec un Japonais à une rencontre internationale d'enseignants, je lui posai la question, par le truchement d'un interprète:
"A votre avis, quelle peut bien être la proportion de Japonais qui parlent l'anglais?
- Très peu.
- Moins de 20%?
- Oh, oui, bien moins...
- Moins de 10%?
- Je ne sais pas exactement, mais je pense que ça doit être bien moins d'un pour cent."

On ne saurait mieux mettre en relief l'écart entre ce que beaucoup de gens s'imaginent... et ce qui est en réalité!

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Et dans le futur?

Il n'entre pas dans mon propos de proposer des solutions-miracle. Mon expérience personnelle, en tant qu'individu et en tant qu'enseignante, m'a juste amenée à me poser quelques questions, lire quelques ouvrages, et m'a donné l'envie de bousculer quelques préjugés.
Mon anglais n'est pas excellent, loin s'en faut, mais il est probablement meilleur que celui de beaucoup de mes compatriotes ayant mon niveau d'études. Je parle toujours l'italien avec aisance. J'ai appris seule l'espéranto et l'espagnol, et à des degrés divers, des rudiments de deux autres langues (allemand, polonais). J'ai entrepris depuis peu l'étude du japonais. Ces trois dernières langues pour des projets précis, à l'occasion de voyages planifiés un ou deux ans à l'avance.
Tout ceci, sans beaucoup d'efforts, simplement par l'excellente méthode Assimil.
Je ne pense pas avoir de "don" particulier. Simplement un fort désir de m'exprimer et d'être comprise, de partager et de comprendre.
Je ne l'ai pas fait pas obligation, mais par choix et désir. Alors, je me demande: ce que j'ai fait, pourquoi chacun ne pourrait-il pas le faire?
Que se passerait-il si on décidait un jour de rendre moins "incontournable" cette présence de l'anglais, qui pèse comme une chappe de plomb depuis quelques décennies sur le monde?
Si les enfants pouvaient découvrir l'occitan, l'italien, l'espagnol, le portugais, le breton, l'espéranto (1) etc... avant qu'on les mette sur les "rails" de l'anglais?... Des langues plus proches d'eux, que ce soit par leur structure ou leur culture...
Si l'on décidait (une fois n'est pas coutume) d'agir sur les évènements, au lieu de les subir et de râler?

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Des gens qui bougent... modestement, pour faire bouger le monde

C'est la démarche de nombreux espérantophones, qui ont fait l'effort personnel de s'investir dans l'apprentissage (au demeurant bien plus aisé que celui de n'importe quelle autre langue) de la "langue internationale", comme l'avait appelée son auteur.

Mais c'est aussi la démarche de tous ceux qui, n'ayant pas le courage ou le temps de passer à l'acte par l'étude, soutiennent du moins cette idée novatrice et fortement imprégnée d'un idéal de justice et de démocratie.

Pour ceux qui ont eu la curiosité de se pencher sur cette langue et d'en acquérir les bases, le profit se révèle d'ailleurs bien supérieur à ce qu'ils en attendaient... Cela a été mon cas.
Je l'ai appris en quelques mois, par une sorte d'idéalisme têtu, en me disant que c'était pour faire "avancer le schmilblick", mais que je ne m'en servirais probablement jamais.

Or, surprise! Quand on découvre cet univers de l'intérieur, voilà que bien des mécanismes se mettent en branle. On découvre des annuaires, des relais ici et là dans le monde. On apprend que se tiennent des séminaires, des stages, on se met à faire des voyages auxquels on n'avait pas pensé...

Et quand se développe l'internet, on se retrouve chaque soir ou presque à répondre à des messages d'amis, provenant du monde entier...
La plupart des gens n'ont pas idée de l'étendue de la communauté espérantiste ou espérantophone.
Pourtant, sur le "net", il suffit de taper "esperanto" comme requête dans un moteur de recherche, pour plonger dans son univers...

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Et pas seulement les espérantistes...

Depuis sa création (et n'oublions pas que c'est une langue jeune: qu'est-ce qu'un siècle, dans l'histoire de l'humanité?) l'espéranto a toujours été soutenu par des intellectuels, et quelques-unes des idées que j'ai exprimées ci-dessus sont actuellement développées par un certain nombre de gens qui ne peuvent être soupçonnés d'amateurisme ou d'incompétence.
S'il est prudent (mais non hostile) sur la question de l'espéranto, le linguiste Claude Hagège critique fortement la politique du "tout-anglais".
Quand au célèbre Umberto Eco, il a ces dernières années, à plusieurs reprises, fait des déclarations montrant l'estime et le respect qu'il a pour cette langue.
Hélas!
Pour secouer les habitudes, il faut bien plus que la bienveillance de quelques intellectuels.
Un des problèmes essentiels actuellement reste sans doute le fait que la plupart des "décideurs" sont issus des classes culturellement favorisées de la population, c'est-à-dire celles où l'on a plus facilement accès aux langues vivantes.
Non seulement ils sous-estiment l'effort réel que représente pour beaucoup de leurs concitoyens la maîtrise de la langue de l'oncle Sam, mais il n'est pas impossible qu'ils mettent en oeuvre (de façon inconsciente) des mécanismes psychologiques tendant à faire perdurer un état de fait qui, somme toute, les avantage.
L'avenir de l'espéranto réside probablement plus dans la vigueur de sa communauté, et sans doute aussi dans l'importance croissante de la demande d'équité linguistique au Parlement Européen...

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Appel du Comité européen pour le respect des cultures et des langues en Europe ( C.E.R.C.L.E. )


Bien qu'on ne puisse lui accorder la même valeur qu'à une étude rigoureuse, l'enquête effectuée en 1991 dans différents pays de l'Union (plus la Suisse et la Norvège), mérite qu'on s'y arrête.
Elle est cité par Claude Hagège, dans son ouvrage "L'enfant aux deux langues" p.151 (ed.Odile Jacob). Source: Eurodata.
Il s'agit en fait d'un sondage auprès des citoyens adultes de ces pays, lors duquel on leur a demandé quelle(s) langue(s) ils estimaient savoir parler. On n'a donc pas testé la véracité des déclarations des gens...On voit déjà les écarts possibles, dûs par exemple, à des complexes éventuels au Sud, ou à une certaine sérénité au nord (ou l'inverse)

Notez bien: les commentaires à droite des tableaux sont de moi, pas du Pr Hagège.

Pays anglais
Royaume-Uni 100
Irlande 100
Suède 73
Pays-Bas 72
Danemark 61
Norvège 58
Finlande 48
Allemagne 44
Luxembourg 44
Autriche 42
Suisse 40
Belgique 34
France 31
Grèce 28
Italie 16
Espagne 12
Portugal 12
Tableau 1: Connaissance de l'anglais:

En dehors des pays dont c'est la langue officielle, une nette prédominance des pays du nord de l'Europe:
Une majorité de la population (3/4>n>1/2)
Suède, Pays-Bas, Danemark, Norvège
Un peu moins de la moitié de la population:
Finlande, Allemagne, Luxembourg, Autriche, Suisse
Environ 1/3 de la population:
Belgique, France, Grèce
Enfin dans le peloton de queue (<1/5), les pays typiquement latins:
Italie, Espagne, Portugal

Si l'on tient compte de deux facteurs, à savoir:

1) qu'à part la Finlande, tous les pays en tête pour la connaissance de l'anglais ont des langues maternelles du même groupe linguistique que l'anglais
2) Que ces pays ont une politique d'enseignement intensif de l'anglais dès l'école primaire

...on admettra qu'il n'y a pas de quoi se consummer d'admiration devant ces résultats. Ils sont simplement logiques.
N'obtiendrions-nous pas les mêmes résultats, si dès l'école primaire, les petits français baignaient dans la langue italienne ou la langue espagnole? Car c'est bien quelque chose de comparable qui se passe en Europe du nord!

Pays allemand
Allemagne 100
Autriche 100
Luxembourg 89
Suisse 88
Pays-Bas 67
Danemark 45
Suède 35
Belgique 19
Norvège 17
Finlande 14
Royaume-Uni 9
France 9
Grèce 5
Italie 4
Portugal 3
Irlande 2
Espagne 1
Tableau 2: Connaissance de l'allemand:

On retrouve le même type d'influences, encore plus accentuées puisqu'aussi bien au Luxembourg qu'en Suisse, une grande partie de la population est germanophone de naissance! Ceci explique cela...

De même, ceux qui se sont penchés sur le néerlandais savent bien que cette langue est assez proche de l'allemand. Même moi, qui n'en ai jamais étudié un mot, j'arrive, grâce à mon pauvre allemand (disons 1/3 de la méthode Assimil pour simplifier), à comprendre un peu de néerlandais!

Les pays nordiques sont là nettement moins performants, puisque la Suède dépasse à peine le tiers, et la Norvège n'atteint pas 1/5

Pour le reste, mieux vaut ne pas en parler, sinon pour dire que l'Europe du Sud éprouve visiblement de grandes difficultés envers la langue de Goethe. Mais la France n'est cependant pas parmi les derniers... Il est à mon avis plutôt honorable d'être au même rang que la Grande-Bretagne.

Pays français
France 97
Luxembourg 89
Belgique 71
Suisse 63
Pays-Bas 31
Royaume-Uni 21
Allemagne 16
Italie 16
Espagne 10
Danemark 9
Suède 9
Irlande 9
Grèce 8
Portugal 8
Autriche 5
Finlande 5
Norvège 2
Tableau 3: Connaissance du français:

Nous y voilà enfin!
Que les pays francophones ou partiellement francophones (Luxembourg, Belgique, Suisse) atteignent ou dépassent une proportion 2/3 de leur population parlant le français, rien de plus logique...

Mais non d'un petit camembert! Nos brillants "polyglottes" (enfin, du moins tels aux dires de la rumeur publique) se révèlent ici au moins aussi besogneux que nous avec l'anglais... A part les Pays-Bas. Bravo aux petits fromages de Hollande! 1/3, c'est pas mal du tout.

Tout étant relatif, accordons un accessit aux sujets de Sa Gracieuse Majesté (1/5), qui entretiennent depuis la guerre de Cent Ans une réciproque relation d'attirance-répulsion avec nous ;-) * , et constatons qu'on n'ignore pas totalement notre langue dans les trois autres pays les plus voisins: Allemagne, Italie, Espagne.

Il me semble être exempte de chauvinisme, et je ne me considère pas spécialement chatouilleuse sur la question de la francophonie. Reconnaissons-le: de toutes les langues d'Europe, le français n'est pas la plus facile.

Cependant, si l'on considère qu'être polyglotte, c'est parler plusieurs langues, on admettra que nos valeureux cousins des brumes nordiques et du soleil de minuit n'ont pas tant de cordes à leur arc que cela!

* Pour ceux qui ne percevraient pas la distance que je mets dans cette boutade (de Dijon, bien sûr), je précise que je sais très bien que tous les Anglais ne lisent pas le "Sun", thanks God!

Il est très regrettable que cette enquête (du moins telle qu'elle est citée dans le livre du Pr Hagège), ne permette pas de prendre en compte la diffusion d'autres langues latines plus faciles que le français (italien et espagnol, au moins).
A la lueur des chiffres ci-dessus, on peut constater que la connaissance des "langues" en Europe signifie surtout la connaissance de l'anglais, et que l'Europe du Sud (et pas seulement les Français!) est gravement handicapée par des politiques linguistiques qui favorisent le nord, et se focalisent autour de l'incontournable anglais...
Le multilinguisme, c'est le serpent de mer. On en parle toujours, mais on ne le voit jamais!

Alors, de grâce, cessons de colporter sur nous-mêmes de prétendues évidences dont on se demande à qui elles profitent.

L'effet Pygmalion, vous connaissez? En répétant à quelqu'un qu'il est nul, on le rend effectivement plus ou moins incapable. Inversement, un regard positif posé sur eux fait décoller les plus empotés.
Nous avons nos défauts, certes. Nos qualités aussi. Cessons de nous faire du mal, de nous dévaloriser. Et au boulot! "A vos cassettes", dirait Jean-Christophe Averty. C'est monsieur Assimil, qui serait content... ;-)
Bon, plus sérieusement... On est plutôt mal partis. Une politique d'initiation précoce auX langueS, oui! Mais comme le taureau, ne cesserons-nous pas de nous précipiter sur ce chiffon rouge de l'anglais qu'on nous agite sous le nez, jusqu'à finalement y perdre... nos oreilles... (pour ne pas employer une métaphore plus osée)?
C'est un jeu de dupes... dans plus de 90% des écoles primaires, c'est l'anglais, encore et toujours, qui est "choisi" par une population aveugle (en fait, les enseignants), au masochisme inconscient.
Le route est sans doute encore longue, pour arriver à bousculer les idées reçues, mais rien n'empêche d'essayer, n'est-ce pas? Si on s'y met tous ensemble...
Dominique Couturier, le 10 aout 1997

(1) Des études rigoureuses ont, à plusieurs reprises, démontré la valeur propédeutique de l'espéranto, à tel point que dans certains cas, le temps passé d'abord sur l'espéranto était "regagné" en moins de deux ans. La plupart des politiques s'obstinent à refuser d'en tenir compte. Je compte développer ultérieurement une branche sur ces études...


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Mis en ligne par Dominique Couturier, septembre 1997, dernières modifications de novembre 1997