Est-ce que c'est si facile, d'enseigner?

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Je profite de l'outil nouveau qu'est l'internet pour essayer de décrire le comment et le pourquoi de nos façons de travailler.
Cette page, consultable sur le web (pour l'instant à destination de collègues), sera ultérieurement imprimée (modifiée) pour être distribuée aux familles. Ceci explique son caractère un peu "batard": en l'écrivant, je pense en grande partie à ce que j'aimerais communiquer aux familles. On trouvera enlien sur le web, ou en consultation à la bibliothèque locale desservant les 3 communes du RPI, des exemples d'organisation de classes dans d'autres écoles.


A l'aube du deuxième millénaire, on ne peut plus apprendre et enseigner comme au temps de Jules Ferry: le monde a changé, les enfants aussi, ainsi que la connaissance des processus mentaux, psychologiques et sociaux mis en oeuvre pour les apprentissages.
Je ne prétends pas travailler de façon parfaite et infaillible, ne serait-ce que parce que les conditions matérielles qu'ont généralement les écoles (notamment en matière d'espace (1)), restent encore marquées par une conception ancienne de l'enseignement. Cependant je fais de mon mieux pour m'adapter à ces conditions dans le sens que j'estime nécessaire pour que les enfants développent leurs potentialités, et soient au bout des trois années du cycle, capables de s'insérer le mieux possible au collège.

Remarque: La façon de travailler décrite évolue sans cesse, car je n'ai pas encore réussi à trouver une organisation globale qui me satisfasse.

L'esprit de l'organisation

Ce qui est visé, en plus des acquisitions traditionnelles (lire, écrire, compter, comprendre le monde, s'exprimer au moyen de divers langages...), c'est une plus grande autonomie de chacun, une participation active aux apprentissages, et une éducation à la citoyenneté par le groupe.

Dans la classe "traditionnelle", le maitre (seul détenteur du savoir) parle, explique, alors que l'enfant écoute et est censé reproduire et s'approprier le "modèle" fourni par l'enseignant (ou le manuel) pour le faire sien.
Or, on sait de plus en plus que ce type de "pédagogie" a peu d'efficacité, car s'adressant à un élève "idéal" qui n'existe pas, il ne respecte pas les différences entre les enfants. Il est cause de perte de temps pour les plus rapides (qui doivent passer des heures sur ce qu'ils ont déjà compris) et source d'angoisse pour les plus lents, qui souvent se mettent à accumuler les retards.
Bien qu'il existe encore une certaine proportion de classes fonctionnant sur ce modèle, il est de plus en plus critiqué et de nombreux enseignants essaient de l'adapter progressivement pour évoluer vers une pédagogie plus respectueuse des différences.
On parle donc de plus en plus de pédagogie différenciée. Mais cette mutation difficile à mettre en oeuvre nécessite une organisation et des outils particuliers
A cela s'ajoute dans les classes rurales à plusieurs cours la nécessité impérative de faire travailler les différents niveaux avec le maximum d'efficacité.

Cependant, aussi bien l'enseignant de ville que celui de campagne, celui de classe à un seul cours que celui d'une classe à cours multiples, savent que pour essayer de faire le mieux possible ce métier, s'approcher de l'organisation "idéale", choisir les outils adaptés pour augmenter l'efficacité de l'enseignement peut être un véritable casse-tête, et une source perpétuelle de frustations et d'adaptations successives.
Certains jours cela peut être épuisant et décourageant. Certains se prennent alors à rêver qu'il n'y ait que de "bons" élèves... Si c'était le cas, alors l'enseignement frontal serait peut-être relativement satisfaisant, les manuels suffisants, et on pourrait taxer les "instits" ou "profs d'école" d'être des "fonctionnaires". Mais la réalité n'est pas celle-là.
La solution pour rendre l'enseignement plus efficace sera sans doute un partage des expériences des enfants, des enseignants, de mutualiser les outils des uns et des autres. L'internet commence à permettre cela, et on aura peut-être grâce à lui une "révolution douce" de l'enseignement, en germe depuis des années.

Les outils

  • Les cahiers
  • Les logiciels
  • Le coin-bibliothèque
  • La communication
Remarque sur l'autocorrection

Les contenus

Français
  • Lecture
  • Ecriture
  • Maitrise de la langue
    (orthographe,
    grammaire,
    conjugaison
Mathématiques
  • Numération et opérations
  • Géométrie mesures
  • Problèmes
Compréhension du monde
  • Histoire
  • Géographie
  • Sciences
Education corporelle et artistique

Le plan de travail

Nous utilisons toutes sortes de grilles et plannings. Parmi eux, le "plan de travail" de chaque enfant, sur une feuille A4, est à la fois instrument de plannification et de contrôle.
Le travail est organisé en quinzaines de deux fois quatre jours. En début de quinzaine, l'enfant, seul ou avec l'aide de l'enseignante, fait une prévision des travaux à réaliser. Le travail prévu est inscrit au crayon à papier dans chaque case (lecture, orthographe, opérations, problèmes etc...).
Au fur et à mesure de la réalisation effective, les tâches effectuées seront inscrites au stylo, le plan se remplissant jusqu'à la fn de la quinzaine, où un bilan destiné à l'enfant et aux familles sera fait.

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Les fichiers

De nombreux fichiers sont à la disposition des enfants.
Fichiers vendus dans le commerce, principalement ceux des PEMF (Publications de l'Ecole Moderne Française), ou fichiers "maison" réalisés par moi-même parfois en collaboration avec les enfants, ils sont tous auto-correctifs.
Nous avons donc des fiches de numération-opérations, de problèmes, d'orthographe (PEMF), ainsi que des fiches de conjugaison et de grammaire, auxquelles se sont ajoutées récemment quelques fiches d'orthographe de mon cru, pour des points non traités spécifiquement par les fichiers PEMF.

Le principe?
Elles doivent être faciles à comprendre sans explication préalable de l'adulte. Leur utilisation doit pouvoir être
  • soit progressive (notamment en mathématiques)
  • soit modulaire (possibilité de piocher n'importe où dans le fichier sans avoir respecté une "progression")

Elles doivent pouvoir être réalisées sans y passer du temps superflu. Je me demande s'il existe encore des classes où l'on inflige aux enfants de longs exercices de copie pour les entrainer à la grammaire et la conjugaison. En tous cas, pour ma part, je préfère que les enfants recopient leurs textes plutôt que des phrases d'exercices de grammaire ou de conjugaison qui ne feraient que les dégoûter de la langue et de l'écriture.

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Les fiches de grammaire et conjugaison
Les pédagogues sont divisés sur l'efficacité réelle de certains exercices "traditionnels", c'est pourquoi je souhaite qu'ils ne nécessitent pas trop de temps. Le moyen que j'ai trouvé (et qui est d'ailleurs utilisé par d'autres enseignants), c'est la fiche sous plastique, où l'on peut écrire au feutre style Velleda.
Au verso se trouve généralement en double la même fiche réduite au format A5, destinée à une photocopie éventuelle pour le "cahier du jour". Entre les deux feuilles, la correction.
Les enfants avant d'effacer, doivent corriger, et me montrer leur fiche, ce qui me permet d'évaluer la nature des erreurs et d'apporter une aide rapide sur ces dernières. Enfin, je signe la plan, attestant ainsi que la fiche a bien été réalisée.
Certains d'entre eux font une photocopie toutes les deux ou trois fiches (ou de temps en temps), pour que leurs parents voient le travail réalisé. Ce n'est cependant pas systématique.

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Le carnet de mots

Comme pour d'autres apprentissages, il n'est pas nécessaire que les enfants étudient l'orthographe de mots qu'ils savent déjà écrire correctement. Ce serait absurde. Il n'y a donc pas chez nous des listes de mots "toutes faites" à étudier systématiquement par tous (sauf dans le cas des "forts en ortho"), et j'essaie, dans la mesure du possible, de relever pour chacun toutes ses erreurs d'orthographe (cahier du jour, textes etc...) afin que la graphie correcte du mot ou du groupe de mots vienne s'ajouter dans un carnet personnel, qui sert à l'apprentissage quotidien. J'ai un peu adapté à ma sauce le principe inventé par Jean LeGal, instituteur-chercheur du mouvement Freinet, maintenant chargé de cours en Sciences de l'Education à l'Université..

  • Je regarde bien le mot, comme pour le "photographier" dans ma tête.
  • Je ferme les yeux, et j'essaie de le "voir" les yeux fermés.
  • Je le regarde encore une fois, puis je le cache et je l'écris.
  • Je vérifie si je l'ai bien écrit.

C'est cette dernière phase, naturellement la plus importante (car elle fait prendre conscience à l'enfant de l'écart entre ce qu'il croit implicitement être la graphie correcte, et ce qu'elle est en réalité), qui est le plus souvent oubliée... Et lui accorder toute son importance est une de mes principales tâches auprès des enfants en difficulté orthographique.

Cet apprentissage se fait systématiquement tous les matins en classe (5 à 10 mn), et je demande qu'il soit fait également à la maison chaque soir. Comme le mot est écrit une seule fois, c'est moins la répétition qui en fait l'efficacité, que la régularité.
Je ne considère pas cela comme un "devoir" écrit, mais comme une leçon (il faut parfois un crayon pour apprendre une leçon). Comme je me suis aperçue que certains enfants ne le faisaient pas, je demande maintenant à ceux-là (environ 5/20) qu'ils me présentent chaque matin le bout de papier ou le cahier où les mots ont été appris (chaque semaine, environ 15 pour les CE2, et une fourchette de 20 à 30 mots en CM suivant les enfants et leur motivation). L'amélioration des résultats à la dictée de mots a été spectaculaire.

L'apprentissage est validé par une dictée de mots chaque vendredi, en binômes (une petite "boite" d'un centimère carré marque les mots en cours d'apprentissage). Le système actuellement en cours est:
mot juste: un point vert.
Mot erroné: un point rouge.
Au bout de deux points verts le mot n'est plus appris. On raye la "boite". Si on a un point rouge, il faudra trois points verts pour cesser d'apprendre le mot.

Les limites de ce système
  • Malgré ses qualités indéniables (les enfants font des progrès), il est assez lourd à gérer pour l'enseignant lorsque l'effectif dépasse une quinzaine d'enfants.
  • Lorsqu'un enfant écrit peu, ou utilise toujours les mêmes mots dans ses textes, il n'a pas une "collection" de mots susceptible de lui faire faire des progrès.
  • On peut considérer qu'il y a une certaine "injustice" vis-à-vis des "forts en orthographe", qui ont moins de travail que les autres.

C'est pourquoi je l'ai modifié au fil des années, et que maintenant, j'y ajoute pour certains enfants plus dégourdis, des mots de "vocabulaire" issus des "leçons" de lecture et librement choisis. Et je fais un peu plus souvent des dictées non préparées, bien que je sois assez sceptique sur la validité de cet exercice...

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La lecture

Nous pratiquons toutes sortes de lectures.
Une partie importante du temps de lecture est consacré à de la lecture volontaire:

  • d'information (abonnement au Journal des Enfants ou JDE, aux "Clés de l'actualité Junior")
  • de communication (messages internet, captures de webs)
  • de documentation (BTJ, GrandJ), et de nombreux ouvrages documentaires
  • ou de fiction (contes, romans...)

Mon fonds personnel de bibliothèque est disponible en permanence, ce qui me semble une condition essentielle pour développer le gout de lire. Tous les enfants lisent, certains beaucoup, à tel point que je dois insister pour qu'ils lisent moins ("Il ne faut pas faire que ça")!
Cependant, il est nécessaire aussi d'avoir des moments d'entrainement. Nous pratiquons cet entrainement à l'aide des fichiers de lecture PEMF du niveau A3 (fin de CE1) au niveau D (CM2).


Enfin, depuis trois ans, nous faisons régulièrement une leçon de lecture hebdomadaire pour chacun des trois cours. La lecture est en principe préparée à la maison. Pour les CM1 et 2, les textes sont parfois assez difficiles, ce qui permet de s'interroger sur le vocabulaire, de faire des recherches dans le dictionnaire, et de formuler des hypothèses sur le sens.
Nous lisons également à voix haute lors de ce moment. Cela me permet d'évaluer ce genre de lecture. Les mots de "vocabulaire" sont collés dans le carnet de mots et je conseille de les relire chaque soir pour les fixer. Je ne me fais pas trop d'illusions: seuls certains enfants le font. C'est d'ailleurs pour ceux-là qu' ils servent également à l'apprentissage de l'orthographe., puisqu'ils ont très peu de mots "personnels" écrits dans leur carnet.

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Notes:

1) Entasser une vingtaine d'enfants dans une quarantaine de mètres carrés n'est certainement pas le meilleur moyen pour obtenir d'eux la concentration et le calme. On sait bien par des expériences sur les animaux, que de petits mammifères entassés dans un espace réduit deviennent instables et agressifs à cause du stress. Nos petits ruraux n'échappent pas à cette fatalité. Hélas, c'est un des facteurs sur lesquels il est le moins facile d'influer, l'architecture scolaire étant ce qu'elle est...
Les plus chanceux sont les enfants scolarisés dans des écoles où les anciens locaux de classes fermées ont permis de créer des salles consacrées à l'informatique, aux activités scientifiques, techniques et artistiques, accessibles à tout moment.
Sur la question de l'espace, voir: La page consacrée à cette question sur les site de "Marelle"

2) Le mot "langages" doit être pris ici au sens large: langage oral, écrit, mais également tous autres moyens d'expression tels qu'arts plastiques, musique, expression corporelle etc...)

3) On parle beaucoup d'éducation à la citoyenneté, et l'école est le premier espace social où on peut entrainer les enfants au respect de l'autre et aux valeurs républicaines. Ceci de façon active, et non pas théorique. Avant de saisir le sens d'institutions qui les dépassent, les enfants doivent comprendre et vivre au quotidien les règles élaborées ensemble dans cette mini-société qu'est l'école.

4) Le moment de bilan est parfois source de problèmes, à cause du temps que cela nécessite (calculez vous-même: 5mn X 20 = 100, soit une heure et demie), et parce que les enfants rapportent parfois le plan et le cahier non signés, quand ils ne l'oublient pas purement et simplement à la maison, parce que papa ou maman a oublié de le leur rendre. J'ai essayé de le faire passer aux familles chaque quinzaine, mais j'envisage de ne le communiquer à l'avenir que toutes les quatre semaines.

Remarque sur l'auto-correction


L'auto-correction effraie encore: certains enfants ne vont-ils pas "tricher" et se débrouiller pour recopier purement et simplement les réponses au lieu de faire l'exercice?
Ou ne vont-ils pas honnêtement "corriger" de façon mécanique, sans comprendre où et pourquoi ils ont fait une erreur?

A cela, il y a trois réponses:

  • D'abord, la situation n'est pas essentiellement différente dans le cas de la correction collective au tableau d'un exercice unique imposé à tous. Même si certains élèves semblent "écouter" ou "suivre" la correction, non seulement rien ne garantit que cela soit efficace pour tous ceux qui se sont trompés, mais la plupart des enseignants reconnaitront même que bien souvent cela ne sert pas à grand chose pour les plus "faibles"
  • Ensuite, certains chercheurs ont affirmé que même la "copie" peut aider à certains apprentissages...
  • Enfin, au cours des quelques dix années depuis lesquelles je pratique ce système, j'ai constaté que les enfants sont globalement honnêtes, et répugnent à recourir à ce qu'ils considèrent comme de la "triche", et ce, même si je leur dis qu'en cas de blocage sur un exercice il vaut mieux consulter la correction, la ranger, puis essayer de faire le travail à la lueur de cette "aide", que de rester bloqué et angoissé pendant un quart d'heure devant quelque chose qu'on ne comprend pas!

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