L'anglais à l'école primaire

Témoignage, outils, suggestions...

Je suis très critique vis-à-vis de la politique actuelle qui, bien que s'affirmant favorable à la diversité linguistique, consiste en fait en un enseignement massif de l'anglais, laissant en primaire la portion congrue aux autres langues. On trouvera d'ailleurs dans ce site des réflexions et des sources d'information sur les alternatives (voir liens au bas de cette page).

Cependant, comme je suis une fonctionnaire de la République, il me faut bien en passer par ce qu'ont décidé les responsables de la Nation, et il m'échoit donc d'enseigner l'anglais à mes élèves de 8 à 11 ans, puisque c'est la seule langue qui soit proposée en 6 ème dans le collège de notre secteur, et que nous n'avons pas la possibilité d'avoir des "intervenants extérieurs" (d'ailleurs serait-ce souhaitable? C'est relativement douteux... du moins le débat existe à ce sujet).
Bien que j'aie un niveau tout à fait honorable en anglais, cela ne va pas sans mal, et je peux dire que ça a constitué un véritable casse-tête pendant les années passées. En effet, dans une classe à trois niveaux, comment parvenir à soutenir l'intérêt des enfants, à renouveler les activités chaque année pour les "anciens" sans que les "nouveaux" soient perdus, et cela sans y passer trop de temps en préparations? Il faut ménager des temps d'apprentissage autonome, et utiliser les ressources des médias modernes.

Je sais bien que "l'idéal" resterait de se servir en grande partie des intérêts des enfants, de leur expression personnelle, leurs textes etc... (méthode naturelle).
Mais, bien que cela ne soit pas douteux, c'est très difficile à pratiquer pour une langue étrangère. Lors de l'apprentissage d'une langue ( je l'ai constaté dans le club que j'anime le vendredi soir après la classe ), les enfants veulent assez souvent raconter des choses qui outrepassent leurs capacités du moment (et parfois celles de l'enseignant, d'ailleurs!)

Alors j'ai recours à plusieurs outils que j'appellerais "facilitants".

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1)"Stories to read"

D'abord, il y a les 20 petits livrets des éditions Odilon, "Stories to read" ("Histoire de lire" en français).
Ce sont des histoires extrêmement simples et amusantes, très claires à comprendre, abondamment illustrées, accompagnées d'un CD (vendu séparément)

"Histoire de lire" en langues autres que le français

Pour en savoir plus voir le site: Les éditions Odilon

4) Lectra English

Je dois dire que je ne l'ai pas encore utilisé jusqu'à présent. Mais cela fait partie de mes projets immédiats, c'est à dire pour la rentrée à venir (septembre 2002)
Beaucoup d'enseignants connaissent l'excellent petit logiciel d'entraînement à la lecture de Michel Brun, qui allie facilité d'utilisation, variété d'exercices, prix économique, mais surtout a une grande souplesse en ce qui concerne le contenu des textes utilisés.
Ce que tout le monde ne sait peut-être pas, c'est qu'il existe des versions pour travailler en d'autres langues que le français. Bien sûr, on peut utiliser le "Lectra" de base (français) pour d'autres langues, mais on se prive alors de certains exercices (articles et pronoms). Lectra existe donc en anglais, et ceci devrait attirer l'attention de tous ceux qui désirent mettre l'accent sur l'expression et la méthode naturelle en langues, car ils pourront entrer les textes de la classe, et surtout réaliser leurs propres QCM

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3) Muzzy in Gondoland

Par ailleurs, il existe une vidéo plus amusante (et à mon avis plus confortable à utiliser) que les fameuses cassettes officielles du ministère: "Mazzy in Gondoland" (BBC english). Je ferai prochainement une page à propos de ce support, qui a également été adapté pour l'espéranto.
Voici néanmoins quelques liens[ le site de BBC english] (s'il daigne refonctionner correctement),    [Le CDDP de la Creuse],  [... celui des Landes]  [l'IUFM de Créteil]     mais surtout le commentaire du [CDDP de Reims]  (personnellement je désactive le chargement des images pour pouvoir lire confortablement car leur fond d'écran est particulièrement désagréable)
Voici un extrait de ce commentaire: "Cette vidéo est abondamment utilisée dans les écoles, mais rarement exclusivement... Elle présente de multiples intérêts (...)"

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4) Mobiclic

Mais j'ai cette année utilisé un autre outil: les "Clic-langue" des CDroms Mobiclic (éditions Milan)

Le site de
Milan-Presse

Les "Mobiclic"

Chaque mois de l'année scolaire parait un nouveau CD, pour un prix tout à fait raisonnable. Outre les nombreuses informations et activités du magazine multimédia, on y trouve des jeux interactifs et un dessin animé sur un thème donné, en anglais, allemand et espagnol.
La présence de ces trois langues est d'ailleurs une richesse, et une originalité par rapport à d'autres supports multimédia d'initiation aux langues. On pourrait souhaiter que l'éventail en soit élargi, mais c'est déjà très méritoire de la part de Milan de ne s'être pas limité à la langue dite "de Shakespeare".
C'est ici la partie "anglais" qui nous intéresse, bien qu'il soit tout à fait souhaitable (de mon point de vue) de laisser les enfants explorer de temps en temps les autres langues.

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Voici, un petit aperçu de la façon très simple (et néanmoins efficace) dont est organisée la découverte d'un thème dans les "mobiclics"

En cliquant sur les chaussures de sport du personnage, l'enfant voit s'afficher le mot, et l'entend prononcer par "Doggy Mick"
Quand l'enfant croit être capable de reconnaître tous les mots, il passe à l'exercice inverse: "Doggy Mick lui propose un mot, et l'enfant doit cliquer dessus.
Dans la "vidéo" (généralement pleine d'humour, et notons-le, résolument antisexiste), on retrouve les mots de vocabulaire, mis en situation dans des dialogues simples
Notons qu'on peut faire des pauses, revenir en arrière, etc... très simplement, autant de fois que l'on veut.

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Comment utilisons-nous les "Mobiclic"?


Chaque enfant dispose d'un plan de travail individuel, et est autorisé à travailler sur trois ou quatre "mobiclics" différents pendant une période donnée. L'activité se déroule généralement en binômes, voire même à trois élèves (c'est plus rare).
J'introduis deux ou trois (parfois 4) Mobiclics différents (par exemple n° 30 "Le sport", n°31 "Le musée", n° 32 "L'univers de la nuit" dans leurs machines respectives, et les équipes se forment. Les enfants travaillent une vingtaine de minutes, s'exercent à reconnaître les mots de l'image (zones clicables), puis à les cliquer lorsque le programme leur demande de les identifier (écoute active). Ils regardent la "vidéo," dont ils cherchent à comprendre et à retenir les dialogues.

Un classeur collectif contient pour chaque n° (et thème) la liste bilingue du vocabulaire utilisé, ainsi que des phrases des dialogues. Je préfère qu'ils ne la consultent pas systématiquement, mais ils peuvent y avoir recours pour vérifier s'ils ont bien compris, ou comme aide.

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"Pilotage" et évaluation:

A chaque fois que l'enfant est "passé" travailler à un mobiclic donné, il coche d'un petit bâton la case correspondante, et évalue ses progrès par un code convenu entre nous.
Quand il estime avoir une bonne connaissance passive (comprendre les mots anglais), je l'évalue, soit oralement, soit à l'écrit. Ensuite vient l'évaluation de la connaissance active (donner la traduction en anglais de mots français).
Le dernier stade consiste à me donner la signification la plus exacte possible des phrases du dessin animé (il ne peut bien sûr pas s'agir de "mot à mot").
J'ai prévu une colonne "Phrases: savoir", mais cette partie reste en friche pour le moment. On verra bien à l'avenir si quelques enfants deviennent progressivement capables de restituer tout ou partie des phrases des vidéos (cela n'est pas impossible...)

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Il y a donc à la fois un travail en équipe, une discussion, des hypothèses, une entraide, et une progression individualisée, chacun pouvant aller à son rythme.
J'ai eu le plaisir de vérifier que lorsqu'on leur laisse une certaine liberté, les enfants vont parfois plus loin que ce qu'on leur propose: ainsi dans "clic-langues" lors de l'exercice de reconnaissance d'un mot anglais, "Doggy Mick" affiche le mot à reconnaitre, tout en le "prononçant". Certains enfants travaillant en duo, trouvant cela "trop facile" ont inventé de le reconnaitre uniquement à l'oreille, le dos tourné, sans regarder l'écran, pendant que le camarade vérifie...
Quand un thème est relativement bien assimilé, l'enfant a le droit de commencer l'exploration d'un nouveau thème.

Nous avons bien sûr d'autres activités (collectives) à partir de vidéos, des moments de jeux où toute la classe est réunie, mais j'en perçois clairement les limites. Il me semble que les plus gros progrès en anglais l'ont été cette année réalisés grâce à cette façon d'utiliser les mobiclics (ce que je n'ai pourtant vraiment organisé que depuis la fin de l'hiver). Et j'ai remarqué qu'ils avaient acquis un assez bon accent, ce qui n'aurait peut-être pas été aussi "réussi" par d'autres activités.

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L'avenir?

Je me sens donc relativement sereine pour l'année qui s'annonce... Mes nouveaux CM2 et mes CM1 pourront continuer sur leur lancée, alors que les arrivants en CE2 découvriront les thèmes déjà explorés par leurs aînés cette année. Je pense que tout se mettra en place assez naturellement, et qu'avec l'arrivée progressive des nouveaux numéros, ils auront le désir de progresser dans leur "planning" afin de découvrir des thèmes et histoires supplémentaires.
Beaucoup de gens s'accordent à dire que l'enseignement des langues à l'école primaire est encore relativement problématique, souvent peu efficace (le "bénéfice" de l'apprentissage précoce, escompté à l'arrivée en 6 ème semble s'effilocher en quelques mois...).

J'ai de toutes façons une vision assez iconoclaste de la question, dans la mesure où je critique fortement l'addiction au "tout anglais" du monde moderne. Il y aurait un choix alternatif à la fois plus intelligent, économique et équitable à expérimenter (pour le moins à expérimenter)

Et j'ai une vision critique, plus encore peut-être, parce que j'ai appris plusieurs langues seule (par la méthode Assimil), ce qui me laisse quelque peu sceptique sur les méthodes parfois préconisées en classe. Des méthodes qui, mettant un enfant (et ses connaissances encore imparfaites) trop tôt sous le regard collectif du groupe, soulignent ses maladresses, ses "incompétences", et peuvent avoir un effet de "blocage".
La "doctrine" communément répandue en matière d'apprentissage des langues est d'encourager les apprenants à produire le plus rapidement possible des énoncés.
Si cela peut être bénéfique à certains, qui n'ont aucune inhibition, il me semble que pour d'autres, il est nécessaire de permettre une bien plus grande période d'imprégnation "passive" (le mot restant toutefois quelque peu imparfait pour rendre compte de ce qui se passe alors). C'est ainsi que procède d'ailleurs la méthode "Assimil". C'est aussi de cette façon, par imprégnation, que la familiarisation se fait avec les "mobiclic".
Je suis persuadée que si cette façon de procéder n'est pas plus efficace qu'une autre, elle ne l'est en tous cas pas moins, et que donc, j'aurai fait largement plus que le "minimum syndical" attendu de la part des praticiens "généralistes" que nous sommes.

... Et ce qui ne m'empêchera pas de rester très attentive à ce que nos langues et cultures, dans leur diversité (notamment latines), ne soient pas immolées sur l'autel d'un prétendu "pragmatisme", derrière lequel se profile en fait toute une idéologie politique, et surtout économique... Mais cela,  c'est une autre histoire...

D. Couturier, le 30 juillet 2002

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Liens:
Propédeutique aux langues européennes
Communication linguistique: à la recherche d'une dimension mondiale
Le club hors temps scolaire


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